Des milliers de débris...
Des centaines d'arbres couchés...
Les routes détruites...
Un paysage effondré...
Dans le ciel, les nuages ont défilés rapidement; maintenant
il est noir. Le soleil s'est couché.
Des coulées de sang s'étendent un peu partout,
envahissant les restes des jardins et des maisons...
Je viens d'avoir 17 ans, et ça ne fait que quelques jours...
Je suis jeune et j'ai de long cheveux noirs et soyeux;
de plus, je suis grande et assez bien proportionnée :
je n'ai jamais eut aucun problème au niveau physique.
Aujourd'hui, je gîs là, sous un énorme tas de débris.
C'est la tour d'une grande compagnie de musique
allemande qui vient de s'effondrer...
Si je suis morte ? Je n'en sais rien.
J'étais venue ici dans le but de rencontrer Tokio Hotel...
Ah ! Tiens... j'ouvre enfin les yeux, et je tente un peu
de bouger... Mon corps répond... mais les gravats me
bloquent là, impossible de me dégager...
Bill, Tom, Gustav et Georg sont là, eux aussi...
On a tous été surpris par ce dernier évènement...
Les uns après les autres, ils ouvrent les yeux, et remarquent
eux aussi qu'ils sont aussi entravés par les débrits...
En tournant la tête vers Georg, sur les débrits, je vois une
flaque de sang; tout devient un peu plus clair : mes maux de tête
sont en fait une plaie ouverte du crâne. Des douleurs semblablent
me parcourent le dos. Mes membres saignent...
C'est alors que je m'inquiète pour les autres : eux aussi doivent être
blessés ! J'espère qu'ils n'ont rien de grâve...
Je les regarde un peu tous, ils n'ont pas l'air de souffrir plus que ça...
Celui qui doit porter le moins de séquelles est Bill... Il a une longue
plaie sur le bras, mais elle ne semble pas profonde, de même pour les
quelques coupures qui marquent son corps.
Par contre, Tom perd du sang de la hanche. J'espère que ce n'est
rien de bien grave !! Quant à Gustav, il ne sent plus son poignet;
je crois qu'il est cassé... c'est pareil pour Georg, sauf que lui,
c'est sa cheville. Et d'ailleurs, en observant bien, on est tous recouverts
de plaies...
Georg a encore un peu du mal à s'en remettre.
"Que... Qu'est-ce qu'il c'est passé ?"
C'est Gustav qui lui répond.
"Il y a eut un tremblement de terre..."
Oui, mais si ce n'était que ça...
C'était tellement fort, tellement violent...
Berlin était la ville de tout mes rêves...
C'était là-bas que je devais LES rencontrer...
Eux... C'était ici que mes rêves devaient se réaliser...
Bill soupira...
Au loin, on entendait la sirène des ambulances.
Allaient-elles s'arrêter ici, pour nous aider ?
On en savait rien... Sous les débris, on espérait.
Un des véhicules s'arrêta à côté du bâtiment.
Les portes de la camionette claquèrent, et des
gens en sortirent. On se mit alors à hurler de toutes nos
forces...
"AU SECOUUUUUURS !
AIDEZ-NOUS ! S'IL VOUS PLAIT !
SORTEZ-NOUS D'ICI !"
Mais cela ne servait à rien.
Dehors, les gens continuaient à parler comme si de rien était.
Ils ne devaient pas nous entendre crier. Mais nous, on les entendait.
"Il y a un nouveau séisme de prévu.
Il faut évacuer les survivants le plus rapidement possible !"
Quoi ? Un nouveau séisme ?
Et nous ? On va nous sortir d'ici, pas vrai ?
On se regardait tous d'un air inquiet.
Durant quelques heures, on entendait
les secours qui s'activaient avant le prochain séisme.
Un groupe s'arrêta face aux restes de la tour.
L'un d'entre eux fit une remarque.
"Ca me rapelle le drame du 11 septembre...
Sauf que là, il n'y a pas eut d'acte terroriste...
Je me demande s'il y a encore quelqu'un de vivant là-dessous..."
Un autre lui répondit.
"Mec, ils sont tous morts là-dedans.
Sinon, tu les entendrais déjà crier pour qu'on les sorte !"
Hein ? Attendez, ils partent là ?
"ATTENDEZ ! NE PARTEZ PAS !
NE PARTEZ PAAAAAAAS !"
Une larme coula le long de mon visage.
Bill attrappe ma main et la serre fort, en tentant de me rassurer.
Tom est à ma droite; il me caresse les cheveux nerveusement...
Gustav et Georg sont trop loin de moi pour pouvoir m'atteindre.
Alors ils me parlent.. A vrai dire, on tente tous de se réconforter,
mais ça ne marche pas vraiment...
Je me mordis les lèvres. C'est toujours comme ça quand j'ai peur.
Ma main se crispe et serre de plus en plus celle de Bill.
J'ai peur... on a tous peur. L'idée de mourir, ici, sous ces débrits,
dans cette situation, à ce moment du parcours... Non. On ne peut pas.
Mais peu à peu, le stresse nous envahit : il devient tellement intense
que, rapidement, nos espoirs s'envolent...
Bill tente d'évacuer ce stresse; pour ça, il commence à chantonner.
"Komm und rette mich...
Ich verbrenne innerlich...
Komm und rette mich...
Ich schaff's nicht ohne dich...
Komm und rette mich...
Rette mich...
Rette mich..."
Le silence s'imposa.
A son tour, une larme dévale le long de sa joue, puis une autre,
et encore une... Son autre main vient les balayer de son visage.
Puis il tourne la tête vers nous tous. On est tous
blancs...
"Rette mich......"
Il ferme les yeux.
On repensait tous à nos vies. A ce qu'on avait fait, à ce qu'on faisait,
à ce qu'on avait prévu de faire... A tout.
Tom pencha la tête vers moi, puis regarda Bill.
On se regardait tous, tour à tour.
Je n'étais pas la seule à craquer : tous pleuraient...
Une légère vibration émana du sol, puis s'emplifia de plus en plus
à une vitesse incroyable : le cauchemard recommençait.
Le sol avait recommencé à trembler violemment.
Dans la panique, j'observais le plafond qui commençait à s'émiéter...